Après une consultation difficile, coller un extrait dans un chat et obtenir une réponse en trente secondes, ça se comprend. Le problème n’est pas la curiosité. C’est que le dossier a quitté le cabinet.
Ce texte n’est pas une consultation juridique, ni un mode d’emploi pour poser un diagnostic. Il sert à séparer deux gestes qu’on mélange trop vite : s’aider d’un outil, et faire sortir des notes patients.
Deux usages, un seul mot
On dit « IA » pour tout. Une lettre de rappel sans nom. Un résumé de réunion interne. Un chat où l’on colle l’histoire d’un patient. Ce n’est pas le même risque.
La FMH a publié huit recommandations sur les grands modèles de langage dans la pratique quotidienne. Elle ne dit pas d’ignorer l’outil. Elle dit où il a sa place, et où il n’en a pas.
Elle rappelle notamment que ces modèles peuvent alléger le travail administratif : structurer un texte libre, préparer une note, aider au codage. À une condition : que le médecin soit capable de voir une erreur. Un modèle invente. Il le fait d’un ton sûr.
Ce n’est pas un collègue. C’est une machine à phrases.
Ce qui ne doit pas sortir
La première recommandation de la FMH est nette. Privilégier des modèles hébergés ou contrôlés localement. Les informations qui ne doivent pas être publiées n’ont pas leur place dans un modèle de langage. Les données des patients n’y entrent que si des garanties techniques et juridiques assurent un traitement local, ou contrôlé, conforme à la loi suisse sur la protection des données.
Un chat grand public, ouvert dans le navigateur, n’est pas ce cadre. Y coller un nom, une date de naissance, un compte-rendu, une image, c’est envoyer des données sensibles chez quelqu’un d’autre. Souvent hors de Suisse. Souvent sans contrat. Souvent sans que le patient le sache.
Le secret médical n’a pas attendu ChatGPT. La nLPD non plus : vous restez responsable du traitement, même si l’outil est « gratuit » et que personne au cabinet n’a signé quoi que ce soit.
Retirer les noms ne suffit pas toujours. Un récit assez précis identifie encore la personne. Si vous hésitez, ce n’est pas à coller.
Vous restez responsable du soin
La FMH le dit sans détour : chaque réponse doit être relue, vérifiée, corrigée ou rejetée. Le modèle n’est pas une source. C’est une proposition, fondée sur des probabilités, pas sur un dossier que vous tenez.
Même si le logiciel métier affiche un bouton « IA », ça ne garantit pas que le contenu soit juste. Les certifications et les phrases marketing ne remplacent pas votre lecture.
La responsabilité du diagnostic, du traitement et de ce que vous dites au patient reste la vôtre. C’est déjà votre métier. L’outil ne le prend pas.
Les patients ont, en principe, le droit de savoir si un modèle a servi dans leur prise en charge. La FMH demande aussi de documenter l’usage : pour quelle tâche, quel rôle dans la décision. Ce n’est pas de la paperasse pour le plaisir. C’est pouvoir expliquer, plus tard, ce qui s’est passé.
Trois questions avant d’acheter un outil
Un éditeur, un commercial, un article : « on a de l’IA ». Avant le prix, trois questions tiennent en une conversation.
Où tourne le modèle, et qui peut lire ce que vous saisissez ?
Qu’est-ce qui reste dans le cabinet, et qu’est-ce qui part ?
Qui relit le résultat avant qu’il n’entre dans le dossier, ou qu’il ne parte au patient ?
Si les réponses sont vagues, vous n’avez pas un outil. Vous avez une promesse. Les questions à poser à votre informaticien restent les mêmes : accès, sauvegardes, qui tient les clés. L’IA s’ajoute à cette liste. Elle ne la remplace pas.
Une installation qui fuit déjà, un accès distant oublié, une sauvegarde jamais relue : coller de l’IA dessus n’arrange rien. Ça élargit la surface.
Ce que nous tenons, et ce que nous ne tenons pas
Chez Exonik, on s’occupe de l’installation : postes, serveur, réseau, sauvegardes, qui peut ouvrir quoi. C’est la condition de n’importe quel usage « local ou contrôlé ». Sans ça, le modèle le plus prudent tourne encore sur un sol qui bouge.
Pour cadrer un usage d’IA dans le cabinet, plutôt qu’un chat grand public, Hervé Barrilliet le fait aussi comme consultant, avec Kervia.
Ce n’est pas un bouton à installer ce soir. C’est d’abord une décision : quelles données restent ici, et lesquelles n’ont rien à faire dans un modèle.


